Pleins feux sur Joy Akavak, intervenante pivot en santé inuite
Joy Akavak a grandi dans une communauté inuite du Grand Nord du Canada, entourée de ses amis et de ses proches et parlant l’inuktitut.
Bien que Joy vive à Ottawa maintenant depuis 18 ans, elle sait parfaitement à quel point cela peut être déconcertant pour les Inuits qui vivent en ville ou qui y sont de passage – surtout lorsqu’ils sont admis à L’Hôpital d’Ottawa, dont le personnel médical compte chaque jour plus de membres que la population d’Iqaluit, la plus grande ville du Nunavut.
Ce n’est que l’une des raisons pour lesquelles Joy a récemment été embauchée comme la première intervenante pivot en santé inuite à L’Hôpital d’Ottawa. Il s'agit là d’un rôle interculturel essentiel, car L’Hôpital d'Ottawa ne se contente pas de prendre en charge les Inuits qui vivent à Ottawa, mais constitue également le principal prestataire de soins aigus pour l'est du Nunavut.
À la lecture de cet entretien, vous apprendrez à connaître Joy et à en savoir plus sur son rôle d’intervenante pivot en santé inuite.
Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre travail?
Mon travail consiste à favoriser l’accès à des soins de santé respectueux de la culture et adaptés aux patients inuits, qu’ils vivent dans la région d’Ottawa ou qu’ils arrivent par avion du Nunavut.
Pour ce faire, je travaille en étroite collaboration avec les patients inuits, leur famille, les travailleuses et travailleurs sociaux, les services de soutien communautaire et les professionnels de la santé, principalement à l’Urgence du Campus Civic où je suis affectée.
Je préconise la prise de décision partagée; je facilite l’accès à des services de soutien pour le bien-être social et culturel; j’aide aussi à la coordination des soins et je mets en relation avec les partenaires communautaires concernés.
Pourquoi ce nouveau poste est-il si indispensable?
Les patients inuits continuent de se heurter à des obstacles systémiques dans le système de santé. Ces obstacles comprennent des difficultés linguistiques, des malentendus culturels, une méfiance historique et des difficultés à s'y retrouver dans le système des soins médicaux et celui des services sociaux, qui peuvent s'avérer très complexes.
Sans un accompagnement spécifique, ces patients risquent d'être mal compris, de se désengager du parcours de soins ou d’être renvoyés chez eux sans bénéficier du soutien nécessaire.
Mon rôle d’intervenante pivot en santé inuite crée un pont entre les patients inuits et les professionnels de la santé. Je contribue à favoriser une communication claire, une prise de décision éclairée et des soins culturellement sécuritaires.
Je peux également aider à traiter des facteurs non médicaux essentiels qui ont un impact direct sur les résultats en matière de santé, notamment la précarité du logement, les difficultés de transport et l'accès à des aides adaptées à la culture.
Qu'est-ce qui vous a poussé à accepter ce poste?
J'ai une formation en travail social. Je suis titulaire d'un diplôme en services sociaux et communautaires destinés aux populations autochtones et j'exerce dans ce domaine depuis près de huit ans. J'ai grandi dans la petite localité de Kimmirut, au Nunavut, qui compte environ 400 habitants.
Pour moi, le fait d’être ici, c'est vraiment comme si la boucle était bouclée, car je suis venue pour la première fois à Ottawa lorsque ma grand-mère a séjourné à L’Hôpital d’Ottawa. Elle y est restée pendant plusieurs mois, toute seule. Et elle ne parlait que quelques mots d'anglais. Je ne peux qu'imaginer à quel point cela a dû être désorientant, effrayant et difficile pour elle de se retrouver dans une si grande ville, entourée de tant de gens qu'elle ne connaissait pas.
Je suis vraiment très reconnaissante de pouvoir venir en aide aux patients inuits ici, car ce poste se faisait attendre depuis longtemps.
Où et quand le personnel et les patients peuvent-ils vous rencontrer ?
Ils me trouveront à l’Urgence du Campus Civic tous les jours de semaine entre 11 h et 19 h.